La pensée de l’ancien président burkinabè Thomas Sankara sur la dette et l’émancipation économique de l’Afrique a été mise en avant lors de l’ouverture du troisième Sommet Russie–Afrique et de son Forum économique et humanitaire, mercredi à Moscou. Le président russe, Vladimir Poutine, a évoqué les positions défendues par le dirigeant révolutionnaire burkinabè pour souligner la persistance des enjeux liés à l’endettement et à la souveraineté des États africains.
Le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, représentant le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a pris part à cette rencontre organisée au Centre Gostiny Dvor, aux côtés de plusieurs dirigeants africains, dont le président de la Transition du Mali, le général d’armée Assimi Goïta.
Cette participation s’inscrit dans la volonté affichée des pays membres de la Confédération des États du Sahel (AES) de renforcer leur souveraineté et de diversifier leurs partenariats internationaux, notamment dans les domaines de la sécurité et du développement économique.
La dette, un enjeu central de souveraineté
Dans son allocution, Vladimir Poutine a plaidé pour l’émergence d’un ordre mondial multipolaire permettant aux pays africains de déterminer librement leurs orientations politiques et économiques. Il a également défendu une représentation accrue du continent dans les institutions financières internationales, notamment le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.
Le président russe a par ailleurs dénoncé les mécanismes d’endettement qui, selon lui, limitent la capacité des États africains à financer leurs propres priorités de développement.
C’est dans ce contexte qu’il a rappelé une déclaration de Thomas Sankara prononcée en 1987 : « La dette, c’est encore le néocolonialisme, où les colonialistes se sont transformés en assistants techniques. »
Cette référence fait écho au discours historique de l’ancien président burkinabè sur la dette, prononcé à Addis-Abeba le 29 juillet 1987 devant l’Organisation de l’unité africaine. Thomas Sankara y dénonçait les effets de l’endettement sur l’indépendance des États et appelait les pays africains à réfléchir collectivement aux moyens de sortir de cette dépendance.
Près de quatre décennies plus tard, la question de la maîtrise des ressources, de la liberté de décision et du financement du développement demeure au centre des débats sur les modèles économiques africains.
Au Burkina Faso, les autorités actuelles présentent la Révolution progressiste populaire (RPP), conduite sous le leadership du capitaine Ibrahim Traoré, comme une démarche inscrite dans la continuité de certains idéaux de Thomas Sankara, notamment la souveraineté nationale, la mobilisation populaire et la valorisation des capacités productives locales.
Moscou plaide pour un partenariat économique renforcé
Au-delà des questions de souveraineté, le Forum économique et humanitaire Russie–Afrique entend favoriser une coopération davantage orientée vers des résultats concrets. Plusieurs secteurs stratégiques ont été mis en avant par Vladimir Poutine, notamment l’énergie, l’agriculture, l’industrie, la santé, l’éducation et les technologies numériques.
Le président russe a également souligné l’importance du partage des compétences technologiques, de la formation et du développement de capacités de production sur le continent africain. Ces domaines constituent des pistes de coopération pour les pays souhaitant diversifier leurs partenaires et renforcer leurs infrastructures économiques.
Prenant la parole au nom de l’Union africaine, son président en exercice, le chef de l’État burundais Évariste Ndayishimiye, a insisté sur la nécessité de transformer le potentiel du partenariat russo-africain en réalisations tangibles au bénéfice des populations.
Il a notamment appelé à dépasser les échanges traditionnels fondés sur l’exportation de matières premières, au profit de la transformation locale des ressources, de la création d’emplois et du transfert de compétences.
L’énergie, l’agro-industrie, les infrastructures et les technologies figurent parmi les secteurs prioritaires évoqués. Le dirigeant burundais a également mis l’accent sur la diversification des échanges commerciaux, le développement de systèmes de paiement et de corridors logistiques, ainsi que sur les investissements susceptibles de générer davantage de valeur ajoutée en Afrique.
Des solutions technologiques au service de la coopération
À l’issue de la séance d’ouverture, Vladimir Poutine a invité les chefs de délégation à visiter une exposition consacrée aux solutions technologiques russes dans plusieurs secteurs de l’économie.
Les participants ont ainsi pu découvrir des applications dans les domaines de l’énergie, de la sécurité alimentaire, de la santé, des transports, ainsi que des infrastructures numériques et financières.
Cette exposition visait à illustrer les possibilités de coopération entre les entreprises et les institutions russes et leurs partenaires africains, notamment en matière de transfert de technologies, de formation et de développement industriel.
Pour les pays africains, l’enjeu consiste désormais à traduire les déclarations politiques et les intentions de coopération en projets concrets, capables de renforcer les capacités productives, de soutenir l’industrialisation et de créer des emplois.
À Moscou, la référence à Thomas Sankara a ainsi replacé la souveraineté économique au cœur des discussions. Elle rappelle que, pour de nombreux dirigeants et acteurs africains, le développement ne se mesure pas uniquement au volume des échanges commerciaux, mais aussi à la capacité des États à maîtriser leurs choix économiques, à transformer leurs ressources et à répondre durablement aux besoins de leurs populations.


