En 2024, la Zambie a confié le redressement de l’une de ses plus grandes mines de cuivre à un investisseur émirati, avec l’espoir de relancer la production de cuivre et l’économie locale. Deux ans plus tard, les premiers résultats sont visibles, mais des interrogations persistent sur le financement du projet.
La Zambie attend toujours une accélération des investissements et de la production à Mopani Copper Mines, malgré les progrès réalisés par International Resources Holding (IRH). Dans un communiqué conjoint publié mercredi 14 octobre, le groupe émirati et son partenaire public ZCCM Investments Holdings (ZCCM-IH) ont réaffirmé leur engagement à développer ce complexe en vue de produire 300 000 tonnes de cuivre raffiné par an d’ici 2029. Cette déclaration intervient après des semaines de tensions entre les deux actionnaires sur l’exécution du partenariat entamé en 2024.
Un milliard pour relancer Mopani
L’accord conclu en décembre 2023 et finalisé en mars 2024 a permis à IRH d’acquérir 51 % de Mopani, contre 49 % conservés par ZCCM-IH. Annoncé à 1,1 milliard de dollars, l’engagement financier initial comprenait 620 millions de dollars de fonds propres et jusqu’à 480 millions de prêts et de mécanismes destinés notamment à restructurer les dettes héritées de l’ancien propriétaire Glencore. En juillet 2025, IRH affirmait avoir déjà investi plus de 1,1 milliard de dollars dans Mopani, comprenant notamment 620 millions de fonds propres et 400 millions de financements à long terme. De son côté, ZCCM-IH a indiqué en juin 2026 qu’environ 640 millions de dollars de prêts d’actionnaires ont été avancés depuis 2024 pour financer les opérations, la maintenance et l’expansion du complexe.
Les premiers résultats sont encourageants, sans traduire encore une véritable montée en puissance. ZCCM-IH fait état d’une hausse de 63 % de la production de cuivre contenu entre 2023 et 2025. Son dernier rapport annuel révèle que Mopani a produit 66 369 tonnes de cuivre en 2025, contre 63 610 tonnes en 2024. Plusieurs chantiers ont progressé, notamment les infrastructures souterraines de Mindola Deep et les installations de Mufulira. En juin 2026, Mopani a annoncé avoir atteint sa meilleure production mensuelle de minerai en deux ans.
Cette reprise doit permettre d’augmenter progressivement la contribution de Mopani à la production nationale, qui a atteint environ 890 000 tonnes en 2025. Lusaka ambitionne de porter ce volume à trois millions de tonnes par an d’ici 2031. À elle seule, Mopani pourrait donc représenter 10 % de cet objectif si elle réalise ses ambitions pour 2029.
Contenu local et retombées pour les communautés
En dehors des volumes de cuivre livrés, le partenariat de la Zambie avec IRH présente un intérêt pour le tissu économique local. Dans leur communication du 14 octobre, IRH et ZCCM-IH indiquent que Mopani a dépensé plus de 685 millions de dollars auprès de plus de 1 300 entreprises de sa chaîne d’approvisionnement en Zambie. Une précision apportée par IRH en juillet 2025 permet de mieux apprécier ces retombées. Sur 685 millions de dollars de commandes, 311 millions revenaient à des entreprises détenues par des Zambiens, contre 374 millions à des entreprises étrangères enregistrées localement.
Les retombées concernent aussi l’emploi et les services sociaux. IRH revendiquait en juillet 2025 plus de 13 000 emplois chez Mopani, dont 2 293 postes créés depuis mars 2024. Le groupe a aussi annoncé un programme de 14,8 millions de dollars pour moderniser des infrastructures hospitalières. Le nouveau communiqué rappelle que plus de 99 % des effectifs sont zambiens.
Des engagements financiers contestés
Ces avancées ne signifient pas pour autant que les relations sont au beau fixe entre les partenaires à Mopani. Selon une lettre du 18 septembre rapportée par Bloomberg, ZCCM-IH reproche à Delta Mining, filiale d’IRH, des manquements dans le financement et la gestion de Mopani. L’entreprise publique affirme notamment que les versements effectués en 2025 étaient inférieurs de 61 millions de dollars aux engagements minimaux. Autre grief, seulement 62,3 millions de dollars auraient été dépensés sur un budget de développement de 308,1 millions à fin mars 2026. Les critiques portent également sur le recours à des emprunts coûteux sans autorisation et sur le choix de certains sous-traitants, jugés insuffisamment qualifiés.
Le différend a pris une dimension politique lorsque le président zambien Hakainde Hichilema a rencontré à Abou Dhabi le directeur général d’IRH, Ali Rashed Alrashdi. Les discussions ont notamment porté sur le développement de Mopani et sa contribution aux ambitions cuprifères du pays. Le chef de l’État a insisté sur la nécessité d’accroître la production et de faire davantage bénéficier les entreprises zambiennes de l’activité minière. Publié après ces échanges, le communiqué conjoint de ce mercredi semble marquer une volonté d’apaisement.
« Nous continuerons à travailler de manière constructive avec IRH […] Notre priorité est de respecter les délais afin d’augmenter la production, de garantir les emplois, d’offrir davantage d’opportunités aux fournisseurs zambiens et d’apporter de réelles améliorations aux communautés environnantes », a déclaré Phesto Musonda, président de ZCCM-IH.
Le document ne précise toutefois ni les éventuels versements supplémentaires convenus, ni les modalités de règlement des différends financiers. Pour la Zambie, le rapprochement affiché entre les actionnaires devra désormais se traduire par une accélération des investissements et de la production. Avec une perte nette de 150,8 millions de dollars enregistrée en 2025, Mopani doit aussi retrouver le chemin de la rentabilité.


