Zijin a bouclé en 2025 sa première opération d’envergure dans l’or en Afrique de l’Ouest, avec le rachat pour environ 1 milliard USD d’une mine au Ghana. La compagnie cible désormais plusieurs autres actifs dans une sous-région où le métal jaune domine l’exploitation minière.
Le chinois Zijin Gold a annoncé la semaine dernière l’acquisition de sa compatriote Chifeng Jilong Gold Mining pour 18,26 milliards de yuans (2,64 milliards USD). Une fois l’opération bouclée, elle devrait non seulement confirmer le statut du groupe Zijin Mining comme principal producteur d’or en Chine, mais consolider l’ancrage de l’entreprise en Afrique de l’Ouest.
Après l’acquisition d’Akyem en avril 2025 pour environ 1 milliard USD, Zijin devrait en effet voir arriver dans son portefeuille une nouvelle mine d’or ghanéenne, en l’occurrence Wassa. Depuis janvier 2022 et un achat à 470 millions USD, Chifeng Jilong est le propriétaire de cet actif qui dispose de ressources minérales de 3,5 millions d’onces et de réserves exploitables sur 6 ans au moins. Le rachat de Chifeng intervient alors que Zijin boucle bientôt l’acquisition d’Allied Gold, une compagnie canadienne qui exploite actuellement trois mines en Afrique de l’Ouest.
Un pôle aurifère dynamique
L’intérêt de Zijin Mining pour les actifs aurifères ouest-africains n’est pas surprenant, tant la sous-région attire ces dernières années des investissements massifs des rivaux du groupe chinois. Selon une note de l’australien Aurum Resources, l’Afrique de l’Ouest a connu la plus forte croissance mondiale (+127 %) de la production d’or entre 2010 et 2022, devant des géants comme la Chine, la Russie ou encore les États-Unis. Si le nationalisme des ressources inquiète les investisseurs au Mali ou au Burkina Faso, d’autres pays restent favorables pour les miniers.
C’est le cas de la Côte d’Ivoire, du Ghana ou encore de la Guinée, pays auquel Zijin est indirectement exposé à travers une participation minoritaire dans Predictive Discovery. Cette société australienne développe le projet Bankan, une future mine d’or capable de livrer 250 000 onces d’or par an sur plus de 12 ans. Entre capacité à y construire rapidement des mines d’or, fiscalité jugée attractive et stabilité des réglementations, l’Afrique de l’Ouest est globalement considérée comme un pôle dynamique pour l’investissement aurifère.
Pour Zijin, ce sont autant d’éléments à prendre en compte au moment d’identifier les actifs à intégrer dans son portefeuille aurifère en pleine croissance. La compagnie veut en effet atteindre une production d’or de 140 tonnes d’ici 2028, contre 68 tonnes en 2023, et les mines en cours d’acquisition en Afrique de l’Ouest peuvent jouer un rôle clé dans cette stratégie.
En dehors d’Akyem, où Zijin ambitionne de produire 8,5 tonnes d’or en 2026 (contre 5,1 tonnes l’an dernier), la compagnie pourrait bientôt compter sur la mine d’or Sadiola au Mali. Propriété d’Allied Gold qui prévoit cette semaine une assemblée des actionnaires pour approuver la transaction avec Zijin, la mine d’or Sadiola fait actuellement l’objet de travaux d’agrandissement devant porter la production annuelle dans une fourchette de 200 000 à 230 000 onces, soit une hausse de 17 % à 30 % par rapport à la production de 2023.
Facteurs de risque
Au-delà des conditions opérationnelles et réglementaires qui soutiennent l’expansion de Zijin en Afrique de l’Ouest, la compagnie peut compter sur des prix de l’or en hausse, susceptibles de contribuer à un retour sur investissement rapide pour les différentes acquisitions annoncées. Après une hausse d’environ 60 % en 2025, le métal jaune a établi au cours du premier trimestre 2026 de nouveaux records de prix, s’échangeant à plus de 5000 dollars l’once. L’horizon n’est toutefois pas entièrement dégagé pour les producteurs d’or, surtout dans la sous-région.
Au Ghana par exemple, les autorités envisagent de remplacer la redevance fixe de 5 % sur l’or par un mécanisme progressif pouvant atteindre 12 %, indexé aux prix du métal. Cette réforme suscite une opposition réunissant à la fois les grandes compagnies minières et plusieurs chancelleries, dont celle de la Chine. Pour Zijin, bientôt présente sur deux actifs dans le pays, un tel durcissement fiscal pourrait peser sur la rentabilité d’Akyem et potentiellement de Wassa, augmentant le coût global de sa stratégie d’expansion.
Une révision du code minier est par ailleurs en cours en Côte d’Ivoire et les changements envisagés par les autorités pour accroitre la contribution du secteur minier à l’économie pourraient affecter les mines d’Agbaou et Bonikro, visés par Zijin dans le cadre du rachat d’Allied Gold. Dans ces conditions, la diversification géographique du groupe chinois, avec des opérations en Asie centrale, en Russie et en Amérique latine constitue un contrepoids bienvenu à l’importance à venir du portefeuille ouest-africain.


